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 AFIS - Science et pseudo-sciences n°284

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Camio

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Date d'inscription : 07/09/2009
Localisation : France

MessageSujet: AFIS - Science et pseudo-sciences n°284   Lun 23 Nov - 23:22

Morceaux choisis du dossier "Les mécanismes de la croyance au paranormal", en ligne ici :

Selon les psychologues, trois types de savoirs structurent la compréhension du monde chez les enfants : la physique intuitive, la psychologie intuitive, et – avec quelques réserves – la biologie intuitive. Une partie de ces connaissances est regroupée sous le nom de savoirs fondamentaux. Il s’agit de cette partie des savoirs que l’enfant apprend sans interaction avec les adultes. Formés avant 3 ans, ils fondent le développement futur des mécanismes d’apprentissage scolaire.

Comment des enfants « rationnels » se muent-ils en adultes superstitieux ? Une explication possible est que les connaissances fondamentales des trois types s’interpénètrent, et sont irrationnellement appliquées en dehors de leur catégorie. La confusion des types amène à attribuer aux pensées des propriétés physiques, poussant à croire qu’elles peuvent toucher d’autres objets (psychokinèse) ou se déplacer (télépathie). Si un phénomène biologique comme la contagion est appliqué en psychologie, on en déduit que le pull d’Hitler contient de la méchanceté. Dans cet univers magique, on trouve aussi l’idée que la volonté est physiquement localisée. Les événements et entités physiques et biologiques ne sont plus inanimés, et jouissent alors d’une volonté propre, ont des intentions.

Par rapport aux sceptiques, les croyants attribuent plus facilement des traits physiques ou biologiques à des phénomènes mentaux. Ils attribuent à l’inverse plus de caractéristiques mentales aux objets… de manière littérale, et non métaphorique. Plus que les sceptiques, ils affirment que des événements aléatoires ou climatiques ont une raison de se produire. Les croyances infondées naissent d’une utilisation abusive de la pensée intuitive, et non pas d’une erreur de raisonnement analytique.

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Les croyants ont des prédispositions aux associations indirectes spécifiquement dans le cerveau droit. Des expériences variées ont confirmé la prédominance (par rapport aux sceptiques) des associations indirectes chez les croyants. Cette exagération des associations éloignées par rapport aux associations courtes est probablement à la source de l’inclination des croyants à percevoir du sens dans des configurations aléatoires ou des coïncidences fortuites.

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La crédulité n’a rien d’étrange. C’est le premier mode de connaissance. Ce qui est bien plus étonnant, c’est que certains individus deviennent résolument sceptiques ou rejettent des croyances solidement ancrées dans leur communauté d’appartenance. Nous avons souvent intérêt à croire que ce que nous entendons est réel, par exemple si quelqu’un nous crie « Attention ! Un serpent ! ». La propension à croire est une question de survie, pas seulement durant l’enfance et en cas de danger imminent. Ce n’est que lentement, avec l’âge, que nous pouvons apprendre à douter de ce que racontent nos semblables et refuser de croire ce qu’ils affirment. L’enfant qui remettrait toujours en question tout ce qu’enseignent les adultes serait lent à apprendre et irait tout droit au devant de graves dangers.

Chacun sait que nous avons tendance à croire ce que nous souhaitons. Les Latins disaient déjà « Quod quis que sperat, facile credit » (ce qu'on espère, on le croit facilement).

L’aversion à perdre des objets est souvent plus grande que le plaisir de les obtenir, phénomène qu’ils ont appelé « loss aversion ». Ainsi, bien des personnes passeront pas mal de temps à retrouver vingt dollars qu’elles ont égarés, alors qu’elles pourraient facilement gagner cet argent en travaillant durant le laps de temps consacré à le chercher. Comme pour les objets, nous avons des croyances auxquelles nous tenons tout particulièrement.

Que se passe-t-il quand une croyance, qui nous est chère, se trouve mise en question par d’autres personnes ou par des faits d’observation ? La tendance spontanée est de discréditer l’information dissonante. Nous pouvons, au contraire, abandonner notre conviction ou encore – solution intermédiaire – la reformuler de manière à atténuer la contradiction et restaurer une cohérence cognitive. Le choix de la stratégie dépend de plusieurs facteurs, parmi lesquels les deux suivants sont particulièrement importants : les efforts accomplis à cause de la croyance et les interactions sociales.

Notre conviction a tendance à se maintenir ou à se renforcer quand nous la partageons avec un groupe et quand nous parvenons à augmenter le nombre de ceux qui y adhèrent. Nos croyances sont bien davantage affaire d’échanges sociaux que d’observation et de raison.

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Tout se passe comme si les sujets ne renonçaient à leurs fausses croyances qu’avec le temps, et non sous l’effet d’un constat, la reconnaissance de leur invalidité ne semblant pas suffisante pour l’abandonner. Ceux qui abandonnent une croyance, et plus particulièrement une croyance religieuse, le font essentiellement pour des raisons intellectuelles.

La difficulté de ne pas confondre coïncidence, corrélation et causalité s’explique mieux lorsqu’on comprend que l’homme fait des liens et des inférences par automatismes cognitifs à propos de presque tout. En effet, on résiste fort à croire qu’une partie de ce qui nous arrive n’est qu’accidentelle et relève de pures contingences et du hasard. Croire que notre vie est parsemée d’accidents dépourvus de sens semble insupportable.

Comme tous les organes du corps, le cerveau a été façonné par l’évolution qui a retenu des solutions adaptatives, dont celle de permettre aux humains de rester vivants. Pour ce faire, les sens sont à cet égard les premiers outils. Ainsi, les premiers hominidés avaient intérêt à bien percevoir le danger (par exemple, la présence d’un lion) s’ils voulaient survivre, mais se fier uniquement aux sens comporte en même temps de sérieuses limites adaptatives. En revanche, les croyances issues de l’expérience (à titre d’extension de nos sens) peuvent s’apparenter à des connaissances et constituent à cet égard l’instrument de survie par excellence. Par exemple, nos ancêtres du Paléolithique augmentaient leurs chances de survie s’ils étaient fortement convaincus de l’existence du danger, même si leurs sens ne leur indiquaient pas la présence d’un danger immédiat. Au fil de l’évolution, les sens et les croyances sont demeurés essentiels pour la survie, mais se sont en quelque sorte spécialisés. Les sens permettent de nous adapter à partir de ce que nous percevons, alors que les croyances permettent, au-delà de nos sens, de donner du sens à ce qui nous arrive ou d’anticiper l’avenir. Les croyances n’ont donc plus besoin des sens pour fonctionner. Les croyances tiennent leur valeur de survie en ce qu’elles persistent même confrontées à des données contradictoires. En fait, en présence d’un conflit entre des faits et une croyance, le cerveau ne se tourne pas automatiquement vers les faits. Ce constat peut faire comprendre pourquoi des croyances rationnelles peuvent persister même en face de données contradictoires.
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